« Souvent, ce qu’on médiatise c’est la performance. Mais ce sont des êtres humains et il faut en prendre soins », souligne la directrice générale de l’école secondaire de Bromptonville, Claire Côté. (Photo archives La Tribune)

Delphine Belzile | La Tribune | Lire l’article original

Un bilan émotionnel lancé par l’entreprise sherbrookoise Zelexio permet de mesurer le bien-être des jeunes du secondaire, un outil pour favoriser l’apprentissage et lutter contre le décrochage scolaire. Aux yeux de la première école qui l’a intégré, le questionnaire est « frappant » et « intéressant ».

« On n’avait pas ces statistiques-là. On n’avait pas le regard offert par le test […] On est allé chercher une information de plus qui nous permet comme enseignant d’intervenir et d’adapter notre approche », lance la directrice générale de l’école secondaire de Bromptonville, Claire Côté.

« On n’avait pas ces statistiques-là. On n’avait pas le regard offert par le test […] On est allé chercher une information de plus qui nous permet comme enseignant d’intervenir et d’adapter notre approche », lance la directrice générale de l’école secondaire de Bromptonville, Claire Côté.

Le questionnaire a été remis à presque tous les élèves du deuxième cycle de l’école privée. Selon la directrice, c’est une occasion pour « mieux connaître » ses élèves. « C’est frappant et c’est vraiment intéressant », poursuit-elle.

Anxiété, stress, décrochage scolaire, détachement : Zelexio, l’entreprise sherbrookoise de logiciels pédagogiques, a pris les devants pour mesurer le bien-être émotionnel des adolescents en offrant aux écoles secondaires un test adapté à la pédagogie du Québec. Il a été monté en collaboration avec des professionnels issus du milieu des ressources humaines en Europe.

Le bilan permet non seulement aux jeunes de cibler leurs compétences, il ouvre aux enseignants la possibilité d’« une rétroaction » auprès des élèves, explique-t-elle. Le personnel formé peut ensuite accompagner les jeunes dans leur cheminement, selon ce que les résultats ont dévoilé. Les parents peuvent même avoir accès aux données. « On a beau connaître notre enfant, mais parfois, il ne nous dit pas tout », note Claire Côté.

Faire parler les jeunes

Dans le questionnaire, les élèves sont amenés à se prononcer sur leurs compétences et à révéler s’ils les exercent fréquemment dans leur milieu scolaire. « C’est vraiment une perception que le jeune se donne », précise Azra Hasanefendic, fondatrice et présidente-directrice générale de Zelexio.

À l’aide de l’intelligence artificielle, le formulaire produit un rapport avec « une boussole qui indique comment le jeune se sent à l’école », explique-t-elle.

« Ce n’est pas juste pour apprendre à se connaître, mais c’est aussi un outil de prévention », lance-t-elle. Souvent, les adolescents portent « un masque ». Or, le questionnaire va « déjouer la question directe du “comment vas-tu” », assure l’entrepreneure.

Les résultats s’appuient sur la théorie psychologique du Flow, la zone de pleine satisfaction. Le concept a été élaboré par le célèbre psychologue hongrois Mihaly Csikszentmihalyi, qui distingue neuf états psychologiques: le flow, la maîtrise, l’ennui, le détachement, l’indifférence, l’inquiétude, l’anxiété, l’excitation et le neutre.

Ainsi, pour chaque activité ciblée dans le test, la boussole générée par l’algorithme détermine où se situe l’adolescent. Si la boussole synthèse révèle un état entre le détachement, l’indifférence et l’inquiétude, on parle ici d’un « cri d’alarme », voire une dépression, note la fondatrice de Zelexio.

C’est effectivement ce qu’ont révélé les résultats de certains élèves de l’école secondaire de Bromptonville. Les élèves « très forts » ont reçu des résultats plutôt inattendus du personnel enseignant, admet Claire Côté. « Finalement, on se rend compte que certains sont détachés, souligne-t-elle. Parfois, on va avoir une image d’un élève, et ce n’est pas nécessairement l’image qu’il nous partage qui est la réalité. »

Un outil complémentaire

« Les gens qui ont tendance à éprouver des hauts niveaux d’anxiété de performance sont souvent des gens qui doutent de leurs compétences », note Jonathan Smith, professeur en enseignement au préscolaire et primaire à l’Université de Sherbrooke.

Selon lui, le sentiment de compétence est directement relié à la motivation et la réussite. Ainsi, c’est important d’aller chercher « régulièrement » de l’information sur « la perception des élèves par rapport à eux-mêmes », insiste le spécialiste. Et prendre le pouls des élèves, ça peut être effectué de manière informelle, précise-t-il.

Selon lui, on est « capable d’offrir un meilleur soutien » aux élèves au moment où on s’intéresse à eux et on essaie de comprendre leurs inquiétudes. Ça nous force aussi à « penser autrement les situations qu’on leur fait vivre » ajoute-t-il.

C’est un souhait pour Claire Côté de refaire le bilan d’ici la fin de l’année scolaire auprès de ses élèves. « Ç’a amené une photo de nos élèves actuellement. Ce serait vraiment intéressant de reprendre cette photo et voir l’évolution », poursuit-elle.

Selon la directrice de l’école secondaire de Bromptonville, le test est certainement un outil « pertinent » pour rester à l’affût de l’état des jeunes. Or, il s’agit bien d’un outil complémentaire plutôt qu’un remplacement au psychologue ou à un intervenant, juge-t-elle.

Des espaces pour réduire les tabous

Selon Danyka Therriault, professeure en psychoéducation à l’Université de Sherbrooke, les initiatives pour documenter le portrait des jeunes sur leur état émotionnel permettent de « bien orienter les interventions qu’on va leur offrir et les initiatives qu’on va mettre en place dans nos milieux ».

Elle remarque d’ailleurs que les milieux scolaires se mobilisent. Or, comme la société est de plus en plus « axée sur la performance », il faudrait encore en faire davantage pour réduire les problèmes de santé mentale chez les jeunes, notamment en leur offrant des espaces sécuritaires pour discuter de leurs tracas et échanger sur leur état émotif, note-t-elle.

« Nos jeunes ne sont pas épargnés de cette pression-là », mentionne-t-elle. Selon la spécialiste, les adolescents ont besoin des bons outils pour apprendre à tolérer et contrôler les symptômes de stress et d’anxiété. Il faut travailler leur « capacité adaptative ».